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 Le Journal de Louis Rossignol 1

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Mage suprême
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MessageSujet: Le Journal de Louis Rossignol 1   Dim 23 Déc - 3:33

Voici le récit consigné dans le jouranal de Louis Rossignol:


"Je m'appelle Louis Rossignol, j'habite un village reculé du centre de la France au nom curieux de St Dizier Leyrenne. Ce village de la Creuse tient son nom du cours d'eau qui le traverse : la Leyrenne. Aujourd'hui, lundi 4 août 1928 (j'ai oublié de mentionner mon âge - c'est important, car certains me pensent gâteux, j'ai 68 ans.), j'ai vu des fées. Je rentrais par la route de Murat à St Dizier. Je hatais le pas, d'abord parce qu'on m'attendait, ensuite parce que le temps devenait très menaçant. Je ne marche pas très vite, j'ai une canne, et les sabots ne me permettent pas de courir, aussi, faisais-je de mon mieux. Les orages dans cette région sont plutôt mauvais et il est préférable de ne pas s'attarder quand on les sent approcher. Les odeurs de la journée remontaient du sol sous l'effet de la chaleur et de l'humidité ambiante. Le ciel était noir sur Belleseauve, signe que l'orage n'allait pas tarder à arriver sur St Dizier. Cette route, si l'on peut appeler cela une route, est à découvert sur toute sa longueur. Seul un vieux chêne à mi-parcourt pourrait permettre de s'abriter si l'orage venait soudainement. Je me hatais donc vers cet arbre. Et ce que je redoutais ne manqua pas de se produire. Un grand crac retentit avant même que j'ai pu atteindre le chêne et quelques minutes après une violent averse s'abattit. Je réussis à rejoindre l'arbre, mais évidemment j'étais trempé (ce qui à mon âge est loin d'être recommandé).

Le ciel était très sombre, comme s'il faisait soudainement nuit. Je tiens à préciser que j'avais beau être à l'abris, je ne me sentais pas pour autant en sécurité. Tout le monde sait bien qu'il ne faut pas s'abriter sous un arbre lorsqu'il y a de l'orage. Mais à mon âge, je ne vais pas m'allonger dans l'herbe au milieu des prés. Ce qui pour moi s'avèrerait beaucoup plus dangereux. Je risquerais de ne pas pouvoir me relever, de me coincer à tout jamais et d'attrapper la grippe ou un rhume qui me couterait la vie. Il faisait très sombre, et seuls les éclairs illuminaient le paysage quelques instants. Mais j'avais remarqué autre chose qui n'avait rien à voir avec les éclairs. Là où je sais que se trouve un ruisseau, en deçà de l'arbre où je me trouvais, il y avait comme des petites lumières. Pas des étincelles, non, des petites lueurs qui dansaient les une avec les autres. C'était très étrange. Ce phénomème ressemblait à des feux follets. Mais compte tenu du temps, ile semblait improbable que des flammes même minuscules aient pu tenir longtemps sous cette pluie. Je ne manquais cependant pas de me signer. Ce phénomème était beau et envoutant, mais aussi inquiétant. Je ne pouvais détacher mon regard de ces lueurs qui se reflétaient dans le cours d'eau et j'ai du mal à savoir combien de temps j'ai observé cela avant de bouger. J'ai toujours été très curieux et je n'avais qu'une envie, c'était de m'approcher. Alors je me lançais. J'avançais doucement, mais plus je m'approchais et plus je me demandais ce dont il pouvait bien s'agir. L'orage ne diminuait pas, mais je ne sentais plus la pluie.

Arrivé à quelques mètres, les lumières qui tourbillonnaient se figèrent en l’air. Je pensais immédiatement qu’elles m’avaient repérés. J’arrétais alors ma progression. Après avoir passé plusieurs minutes à s’observer mutuellement (j’imagine qu’elles m’observaient, bien qu’à ce moment là, je me demandais encore s’il ne s’agissait pas de gros insectes luisants). Les lumières reprirent leur activité tourbillonnante et moi, je repris ma progression. Arrivé à environ 3 mètres, je vis vraiment ce dont il s’agissait. Quoique le terme vraiment ne corresponde pas tout-à-fait à ce que j’avais devant les yeux.
Des fées, c’était des fées. Des petits êtres de sexe féminin avec des ailes dans le dos. Une lueur bleue phosphorescente émanait de leur corps. Elles jouaient ensemble en poussant de drôles de petits cris qui ressemblaient vaguement à des rires ou à des pépiement d’oiseaux. A ce moment précis, je ne bougeais plus du tout.
Je me souvenais pas de ma vie d’avoir aussi peu bougé. Sauf peut-etre à la chasse devant du gibier.

Maintenant que je voyais ce que c'était, j'étais sûr qu'elles m'avaient repéré. Comment pouvait-il en être autrement. Les fées savent forcément tout de tout. En fait, j'étais étonné mais pas comme pourrait l'être un citadin. Dans nos régions, nous sommes habitués aux histoires de lutins, de farfadets, de diables et de lavandières qui lavent les linceuls des morts la nuit. Ces histoires nourissent nos veillés. On n'y croit pas, mais on évite certains soirs de prendre certains chemins, seuls de surcroit. On évite d'ailleurs d'avoir à sortir le soir ou bien, contraint et forcé, muni d'une lanterne accompagné de préférence, et surtout pas autour de minuit. Mais aujourd'hui, ce n'était pas le soir, même si tout était disposé à nous le faire croire. Je n'avais pas remarqué au départ, mais les fées jouaient avec un lapin. Elle lui tiraient les poils du museau. Cela n'avait pas l'air de lui déplaire.



J'avais peur qu'elles m'aient vu, mais finalement non. Après un mouvement léger, le lapin, qui lui me vit s'enfuit d'un bond aussitôt. Au même moment, les fées se regroupèrent et me regardèrent. Je voyais qu'elles ne savaient que faire. De mon côté, je ne bougeais plus. Inutile de dire que j'étais trempé car l'orage n'avait pas faiblit. Je me retrouvais finalement dans la position que je redoutais au départ, allongé dans l'herbe.
Demain, si j'étais encore en vie, je souffrirai attrocement de courbatures et de rhumatismes. Les fées semblaient se parler. La pluie ne les touchait pas. On dirait que la lumière qui les entourait les protégeait des gouttes. Je ne comprenais évidemment pas un traitre mot de ce qu'elles se racontaient et pourtant ce langage me semblait familier. Les sons étaient très aigües et très faibles, un peu comme des petites souris. Ce n'était pas très agréable. De temps en temps, il y avait des hausses de ton et puis tout redevenait normal.

J'étais là comme un idiot, 68 ans, allongé dans l'herbe, sous la pluie à attendre la décision de mesdames les fées. Au moment même où je me disais cela, je décidais de me relever. Toutes fées qu'elles soient, elles n'allaient tout de même pas m'en empêcher. Cela les cloua sur place et mit fin à leurs conciliabules. Aussitôt, l'une d'elle vola vers moi et m'ordonna avec une voix qui semblait venir d'ailleurs de me rasseoir. Cette fois j'avais compris. Inutile de dire que mes jambes ne m'aidèrent pas à rester debout. Cette voix était incroyable. Elle semblait sortir des profondeurs d'un gouffre. Comment un si petit corps pouvait produire un son comme celui-ci. Lorsque je fus assis, elle reprit la parole, cette fois avec une voix douce et légère. "Mortel, ce que tu as vu, tu n'aurais pas du le voir, en tous cas pas maintenant. Nous savons que ton cerveau ne pourra pas oublier cet instant, nous n'allons même pas essayer de te le faire oublier. Alors, que comptes-tu faire maintenant ? "

Je restais bouche bée. Maintenant, normalement, j'allais boire un café au chaud avec quelques gâteaux, s'il n'y avait eu ce maudit orage. Je n'allais tout de même pas répondre celà. "Je ne sais pas." C'est tout ce que je réussis à articuler. "Mortel, tu as le choix. Sois tu racontes ce que tu as vu. Auquel cas, personne ne te croira tu passeras pour un fou et nous disparaitrons de ton existence à tout jamais. Ou bien tu ne racontes rien à personne et nous nous reverrons prochainement. Nous nous connaissons déjà Louis Rossignol, même si tu ne t'en souviens pas. Nous savons que tu es un homme curieux. Aussi, nous te laissons le choix.

Le choix ne fut pas difficile à faire. Quand on rencontre des fées, on n'a plus jamais envie de les quitter. Je ne comprenais cependant pas ce qu'elles voulaient dire par "nous te connaissons déjà".

"Nous attendons ta réponse." Ma pensée n'était plus si rapide et j'avais du paraitre indécis. "J'accepte, j'accepte", hurlais-je. J'accepte de vous revoir et de ne rien raconter. A ce moment, je ne me rendais pas compte combien celà allait être compliqué. "Mortel, promets sur ton honneur." Et je promis. Une des fées me remit un pendentif censé m'apporter paix, prospérité, chance et félicité.



Puis elles disparurent, leur petite lumière s'éteignant dans la pénombre de cette fin d'après-midi orageux. Je n'avais plus qu'à rentrer mon pendentif dans la poche et une formidable envie de tout raconter. Mais j'avais promis. La pluie s'était arrêtée quelques minutes après, faisant place à une douce chaleur qui s'annonçait étouffante pour le soir.
Une fois arrivé à la maison, ma sœur ne manqua pas de me demander ce qui m'était arrivé. Je répondis logiquement que je m'étais laissé prendre par l'orage. Ce qui était vrai.

"Regarde-toi, tu as vu dans quel état tu t'es mis" me dit-elle.
Il est évident que je faisais peine à voir : ma chemise débraillée, mon pantalon trempé et mes pieds nageant dans mes sabots.
"Je vais te faire chauffer de l'eau, tu vas te laver et me donner tes vêtements à sêcher."
J'obeis.
Je fais une appartée pour expliquer ma situation familiale. Ma femme est décédée et vu mon âge, j'ai préféré m'installer avec ma sœur et son mari. Ma fille habite à Paris et je ne la vois pas souvent.

J'allais me laver, ce qui me fit un bien fou. Et je donnais mes vêtements à ma sœur. En vidant mes poches, elle trouva le pendentif et dès que je fus sorti, elle me demanda ce que c'était. Je ne me souviens même plus de ce que j'ai répondu exactement. En tous cas, je lui arrachais des mains et cela la surprit. Elle me fit son refrain classique:
"on s'occupe de toi et voilà comment Monsieur vous remercie" et blabla et blabla.
Je préférais la laisser causer et j'allais dans ma chambre au premier. C'est là que je décidais de rediger le journal de cette incroyable expérience.

Quand vint l'heure du dîner, tout était oublié. J'avais hâte qu'on soit le lendemain pour pouvoir essayer les vertues soi-disant magiques du pendentif. Il y avait une loterie au village et j'étais bien décidé à jouer et à gagner. Je n'avais pas très faim et je me sentais fatigué. Les épreuves comme celle-ci ne sont plus faites pour moi. Je montais me coucher après avoir peu mangé. La nuit fut pénible. J'eus des sueurs froides et des aigreurs d'estomacs. Je finis par m'endormir vers le matin et me réveillais très tard. Je racontais ma nuit difficile à ma sœur et son mari mais ils ne s'en étonnèrent pas. Moi non plus d'ailleurs. Quand on passe plusieurs heures sous la pluie, à mon âge, ça pardonne rarement. Je décidais donc, avec regrets de ne pas faire d'exploits aujourd'hui et d'abandonner l'idée d'aller à la loterie.

Le temps était magnifique et je passais l'après-midi sous le tilleul du jardin, me demandant quand et comment je reverrais les fées. J'observais les fleurs du jardin pour lesquelles ma sœur se donnait tant de mal. Je laissais mon imagination divaguer et je voyais des fées voleter dans les massifs de lupins. Je faisais un croquis de ma vision.



J'espérais un nouveau contact avec impatience, mais je sentais que ce ne serait pas pour aujourd'hui.

La journée se passa calmement. Ma sœur et son mari allèrent au village. Ils jouèrent à la loterie, mais évidemment ne gagnèrent rien. Ah si seulement j'avais été avec eux.

MARDI 5 AOÛT.
J'ai attendu toute la journée, mais pas la moindre manifestation. Je suis retourné près du ruisseau, mais j'ai juste aperçu quelques ragondins qui se sont enfuis à mon approche.
Si j'avais eu mon fusil...

MERCREDI 6 AOÛT
C'est sûr, elles ne viendront plus. Elles m'on menti. Je suis là à tenir une promesse dont tout le monde se contrefiche. Si elles ne se manifestent pas demain, je dis tout.

JEUDI 7 AOÛT
Dieu que les journées d'été peuvent être longues. Finalement j'ai réfléchi, je ne dirai rien. Pour quoi faire ? Elles ont raison. Personne ne me croirait de toutes façons. J'en serais quitte pour être ridicule. On a déjà tendance au village à me concidérer comme "un drôle de gars". Ce n'est vraiment pas la peine d'en rajouter.
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